Hichem Karoui

GEW Research Report

 

Depuis que Mohammed ben Zayed Al Nahyan (MBZ) a consolidé son emprise sur les rênes du pouvoir émirati — officiellement président depuis mai 2022 — les Émirats arabes unis ont adopté une posture internationale de plus en plus interventionniste, fragmentatrice et alignée sur les intérêts israélo‑américains. Loin d’apporter la stabilité qu’elle prétend promouvoir, cette politique a engendré une accumulation de tensions avec la quasi‑totalité des acteurs régionaux : l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte, la Turquie, l’Algérie, le Soudan, le Yémen, la Somalie, la Libye et bien d’autres.

 

Résumé exécutif

Depuis que Mohammed ben Zayed Al Nahyan (MBZ) a consolidé son emprise sur les rênes du pouvoir émirati — officiellement président depuis mai 2022 — les Émirats arabes unis ont adopté une posture internationale de plus en plus interventionniste, fragmentatrice et alignée sur les intérêts israélo‑américains.[5] Loin d’apporter la stabilité qu’elle prétend promouvoir, cette politique a engendré une accumulation de tensions avec la quasi‑totalité des acteurs régionaux : l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte, la Turquie, l’Algérie, le Soudan, le Yémen, la Somalie, la Libye et bien d’autres.[5][22][46] Le retrait des Émirats de l’OPEP et de l’OPEP+ (effectif au 1ᵉʳ mai 2026) constitue le dernier épisode en date d’une rupture consommée avec la solidarité des pays exportateurs du Sud.[43][44] Des analyses publiées par Le Monde, l’ECFR, Chatham House et l’Arab Center Washington DC dressent un tableau cohérent : sous couvert de « stabilité » et de « modernisation », Abu Dhabi conduit une stratégie de décomposition des États arabes au service de sa propre hégémonie régionale, en sous‑traitance, de plus en plus assumée, des projets expansionnistes d’Israël et des ambitions géopolitiques américaines.[5][6][28][19]

 

I. Les fondements idéologiques de la politique étrangère émiratie sous MBZ

Une obsession anti‑islamiste au cœur du dispositif

La clef de voûte de la vision géopolitique de MBZ est sa haine viscérale de l’islam politique, et particulièrement des Frères musulmans.[3] Depuis le printemps arabe de 2011, le dirigeant émirati a fait de l’écrasement de tout mouvement populaire à coloris islamique la priorité absolue de sa politique étrangère.[2][3] Le ministre des Affaires étrangères émirati a lui‑même qualifié les Frères musulmans d’« organisation qui empiète sur la souveraineté et l’intégrité des nations ». Cette obsession explique une série d’interventions directes dans les affaires intérieures d’États souverains, au nom d’une logique de contre‑révolution assumée.[2][3]

L’universitaire Jean‑Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris, a qualifié MBZ d’« architecte du chaos perpétuel », soulignant que sa stratégie repose depuis plus d’une décennie sur le financement de tendances séparatistes au sein des États arabes, avec pour objectif de saper tout projet politique reflétant la volonté populaire ou renforçant l’unité nationale.[4]

Une perception paranoïaque de la sécurité nationale

La perception émiratie de sa propre vulnérabilité a « considérablement évolué » depuis une décennie, selon Elizabeth Dickinson de l’International Crisis Group.[5] Ce sentiment d’insécurité a donné naissance à une politique étrangère « beaucoup plus militante », cherchant à préserver la sécurité intérieure en jouant un rôle actif dans le remodelage de la région.[5] Le clivage entre Abu Dhabi et Riyad est désormais décrit comme « philosophique, non tactique » : l’Arabie saoudite privilégie la désescalade et la transformation intérieure, tandis que les Émirats perçoivent l’ordre régional comme fragile et estiment qu’une intervention préventive est nécessaire pour le remodeler avant qu’il ne s’effondre.[5]

 

II. Les Accords d’Abraham et l’alignement israélo‑américain : une trahison du consensus arabe

La normalisation de 2020 et ses répercussions immédiates

En septembre 2020, les Émirats arabes unis sont devenus le troisième État arabe — après l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994) — à normaliser leurs relations avec Israël, dans le cadre des Accords d’Abraham parrainés par Donald Trump.[6] Dès la signature, les réactions dans le monde arabe et islamique furent sans équivoque : le Guide suprême iranien Ali Khamenei a accusé les Émirats d’avoir « trahi » le monde musulman, le Hezbollah a qualifié l’accord de « trahison de l’islam et des Arabes », et Hamas a décrit le pacte comme « un coup de poignard dans le dos des Palestiniens ».[6][7] La Turquie a dénoncé l’accord, affirmant que la direction émiratie n’avait pas « l’autorité » pour « négocier avec Israël et faire des concessions » au nom des Palestiniens.[7]

L’une des dimensions les plus révélatrices de ces accords est la clause secrète par laquelle les Émirats ont réclamé la vente d’avions de combat F‑35 américains en échange de la normalisation avec Israël. Cette transaction — valorisée à 23 milliards de dollars — a finalement échoué, notamment parce qu’Israël a exercé des pressions à Washington pour limiter l’avantage militaire accordé aux Émirats, révélant ainsi qui est réellement en position de force dans cette alliance.[8][9] Certains commentateurs ont estimé que MBZ « s’est déshonoré » dans l’espoir d’une ère de domination émiratie, mais que l’équilibre des forces a finalement profité à Israël.[9]

L’effondrement du soutien populaire

Le soutien public aux Accords d’Abraham s’est effondré au fil du temps. Selon le Washington Institute, en 2022, plus des deux tiers des citoyens des Émirats, de l’Arabie saoudite et de Bahreïn considéraient les accords négativement.[10] Après les massacres de Gaza post‑octobre 2023, ce chiffre a encore chuté : dans aucun des sept pays arabes sondés par l’Arab Barometer en 2023‑2024, le soutien à la normalisation avec Israël n’a dépassé 13%.[11][12] Une enquête panarabe de 2026 révèle que 28% des Arabes considèrent Israël comme la principale menace pour leur pays, devant les États‑Unis et l’Iran.[12]

Malgré cette réalité, les Émirats n’ont donné aucun signe de recul dans leur engagement envers les Accords d’Abraham.[14] Le Middle East Council a noté qu’Abu Dhabi ne semble pas vouloir considérer un retrait comme une option, car cela reviendrait à admettre implicitement que la normalisation avec Israël était une erreur stratégique.[14] Concrètement, la normalisation s’est poursuivie « à pleine puissance, sans le moindre écart » malgré les massacres de Gaza, avec des arrestations de ressortissants émiratis qui manifestaient leur solidarité avec les Palestiniens.[13][14]

L’outil technologique de la répression : le logiciel Pegasus

La coopération israélo‑émiratie dépasse le cadre diplomatique pour s’étendre à la surveillance technologique. Les Émirats ont déployé le logiciel espion Pegasus — fourni par l’entreprise israélienne NSO Group — pour espionner leurs propres ressortissants dissidents, des journalistes et des officiels étrangers.[15] En 2016, Pegasus a été utilisé contre Ahmed Mansoor, qui a été condamné à dix ans de prison pour avoir exercé sa liberté d’expression.[15] En 2020, des opérateurs saoudiens et émiratis ont utilisé Pegasus pour pirater 36 téléphones de journalistes d’Al Jazeera.[15] Des enquêtes ont également établi que Jamal Khashoggi avait été ciblé par des outils de surveillance avant son assassinat.[15][16] Cette coopération sécuritaire israélo‑émiratie a donc une dimension concrète de répression régionale qui va bien au‑delà du symbolique.[17]

 

III. La stratégie de fragmentation : dossier par dossier

Yémen : diviser pour régner au détriment de Riyad

L’intervention émiratie au Yémen, amorcée en 2015 dans le cadre de la coalition saoudienne contre les Houthis, a rapidement révélé la divergence profonde entre Abu Dhabi et Riyad.[18] Alors que l’Arabie saoudite cherchait à préserver l’unité du Yémen et à combattre les Houthis, les Émirats ont progressivement dépriorisé cette lutte pour soutenir le Conseil de transition du Sud (CTS), un mouvement séparatiste dont l’ambition est de rompre avec le nord du pays.[18] Abu Dhabi a fourni une aide militaire directe au CTS, contrôlant des pans entiers du sud du Yémen, notamment Aden et l’archipel de Socotra.[18]

Cette stratégie a finalement provoqué une rupture ouverte avec Riyad. En décembre 2025, l’avancée du CTS le long de la frontière nord‑est du Yémen avec l’Arabie saoudite a franchi une « ligne rouge » pour Riyad, qui a lancé des frappes militaires directes contre le CTS au port de Mukalla et publié des déclarations officielles condamnant les Émirats en termes « inhabituellement forts ».[19][20] Les forces loyalistes alignées sur Riyad ont rapidement renversé les gains du CTS, contraignant les Émirats à « quitter le Yémen » et perdre les résultats de dix ans d’investissements politiques et militaires en quelques jours.[19][20] Le CTS a été dissous le 9 janvier 2026.[19] Selon des déclarations publiques, MBS estime que sans l’expulsion des Émirats, le conflit aurait menacé l’ensemble de la péninsule arabique.[20]

Soudan : le soutien aux FSR et la complicité dans un génocide

Au Soudan, les Émirats ont joué un rôle déterminant dans l’un des pires désastres humanitaires du XXIᵉ siècle.[21] Abu Dhabi soutient les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », contre les Forces armées soudanaises (FAS).[21][22] Ce soutien prend « diverses formes, du financement direct à la logistique et aux équipements militaires » : armements livrés via un réseau de bases et d’alliés en Libye, au Tchad, en Ouganda et en Somalie, véhicules militaires achetés dès 2019 à travers une société émiratie, et gestion des finances et des réseaux de propagande des FSR depuis Dubaï.[21][22]

Le gouvernement soudanais a accusé les Émirats de complicité dans un génocide devant la Cour internationale de justice.[23] Selon des enquêtes, « sans le soutien émirati aux FSR, cette guerre aurait pris fin depuis longtemps ».[23] La dimension économique est indissociable du calcul stratégique : les FSR contrôlent les mines d’or du Darfour, dont la production transite quasi‑intégralement par Dubaï pour entrer sur le marché international.[23] Le gouvernement soudanais avait par ailleurs refusé plusieurs accords agricoles avec Abu Dhabi en raison de termes « exploiteurs et inéquitables », faisant du soutien à Hemetti une stratégie alternative pour s’approprier les ressources soudanaises.[23] Riyad, l’Égypte, le Qatar, la Turquie, la Russie et l’Iran soutiennent les FAS, plaçant les Émirats dans un isolement presque complet sur ce dossier.[22][24]

Libye : soutien à Haftar contre les forces légitimes

Depuis 2014, les Émirats sont devenus le principal soutien politique et militaire du maréchal Khalifa Haftar en Libye orientale.[25] Ce soutien a été crucial pour permettre à l’Armée nationale libyenne (ANL) d’étendre son contrôle sur les champs pétroliers et les ports stratégiques.[25] En 2019‑2020, durant l’offensive contre Tripoli, les Émirats ont conduit des centaines de frappes de drones pour le compte de Haftar, fourni des armes et du carburant militaire, et financé des mercenaires soudanais.[25][26] Abu Dhabi a même activement poussé Le Caire à s’engager militairement contre la Turquie en Libye, tentant d’utiliser l’Égypte — pourtant sous dépendance financière émiratie depuis le coup de 2013 — comme proxy dans ce conflit par procuration.[26][27]

La politique libyenne des Émirats s’inscrit dans une stratégie globale d’alignement avec la Russie (Wagner) et la France contre la Turquie et la légitimité internationale.[28] Selon l’ECFR, la rivalité Turquie‑Émirats a « transformé l’ordre géopolitique au Moyen‑Orient et en Afrique du Nord », alimentant l’instabilité jusqu’en Méditerranée orientale.[28]

Algérie : ingérence dans les affaires intérieures et soutien au séparatisme

La rivalité algéro‑émiratie est devenue l’une des tensions les plus explosives de la région arabe.[29] Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré publiquement en octobre 2024 que son pays avait « de merveilleuses relations avec tous les pays frères du Golfe — sauf un », visiblement les Émirats.[29] Depuis septembre 2024, l’ambassadeur émirati à Alger a « effectivement disparu de l’activité publique », signe qu’il n’est plus le bienvenu.[29][30]

Les sources de friction sont multiples. Les Émirats ont soutenu la position du Maroc sur le Sahara occidental et ont même ouvert un consulat à Laâyoune dès 2020, franchissant une ligne rouge pour Alger.[30] Abu Dhabi aurait également fourni des systèmes de surveillance avancés au Maroc pour cibler l’Algérie.[30] En Libye, les Émirats ont soutenu Haftar contre la position algérienne en faveur d’une solution politique.[30] Au Sahel, les Émirats soutiendraient des régimes militaires fragiles comme alternatives aux partenariats coordonnés avec Alger.[31] Selon des rapports du renseignement algérien, Abu Dhabi aurait établi des contacts avec le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste en Algérie.[31][32] Pour Alger, ces manœuvres constituent « une menace directe à sa souveraineté nationale et à son influence régionale ».[30]

Somalie et Corne de l’Afrique : démembrer pour dominer les routes maritimes

La politique émiratie dans la Corne de l’Afrique obéit à une logique claire : contrôler les routes maritimes de la mer Rouge et du golfe d’Aden via une stratégie de ports et de bases militaires.[33] Abu Dhabi gère des infrastructures portuaires clefs à Berbera (Somaliland), Bosaso (Puntland) et Kismayo (Jubbaland).[33] Après avoir été expulsé de Djibouti en 2015, les Émirats ont construit une base militaire à Assab en Érythrée, utilisée pour les frappes au Yémen, et ont déployé des radars militaires au Puntland.[34][35]

Cette stratégie implique un soutien systématique aux entités séparatistes au détriment du gouvernement fédéral somalien.[33] En janvier 2026, la Somalie a officiellement rompu tous ses accords bilatéraux avec les Émirats, invoquant des « preuves crédibles » d’actions émiraties portant atteinte à sa souveraineté et à son unité territoriale.[33] La rupture a été précipitée par la reconnaissance du Somaliland par Israël en décembre 2025 — une démarche que Mogadiscio attribue à la facilitation des Émirats — et par des allégations selon lesquelles Abu Dhabi a utilisé le territoire somalien pour exfiltrer un haut responsable séparatiste yéménite.[33][36] L’analyste de DW a résumé la situation en soulignant le risque d’expansion du théâtre du conflit si Israël et Abu Dhabi coordonnaient davantage leurs actions dans la région.[36]

Qatar : les séquelles d’un blocus imposé par MBZ

Le blocus du Qatar (2017‑2021), imposé par l’Arabie saoudite, les Émirats, Bahreïn et l’Égypte, a constitué l’une des interventions les plus destructrices de MBZ dans les affaires du Golfe.[38] MBZ est généralement identifié comme l’architecte de cette crise, motivé par la volonté de mater le Qatar, perçu comme un soutien des Frères musulmans et de chaînes d’information indépendantes comme Al‑Jazeera.[38] La réconciliation formelle de janvier 2021 n’a pas résolu les divergences de fond : la méfiance d’Abu Dhabi envers Doha demeure structurelle, et les médias émiratis ont continué de promouvoir le récit d’un Qatar « État sponsor du terrorisme ».[39][40] La crise a généré « des cicatrices sociétales durables » entre des populations du Golfe qui se perçoivent désormais mutuellement comme des adversaires.[40]

 

IV. La rupture saoudienne : la fin d’une alliance structurante

Du mentor au rival

MBZ et MBS ont été liés pendant une décennie dans ce que Le Monde décrit comme une gestion commune de la politique régionale « main dans la main ».[5] Mais depuis décembre 2025, « la rupture est consommée ».[5] Cinzia Bianco, de l’ECFR, analyse la divergence en termes idéologiques profonds : « Le clivage est philosophique, non tactique. L’Arabie saoudite privilégie la désescalade et la transformation intérieure, considérant la stabilité régionale comme un enjeu à gérer et à contenir. Les Émirats, quant à eux, perçoivent l’ordre régional comme fragile et estiment qu’une intervention préventive est nécessaire pour le remodeler avant qu’il ne s’effondre ».[5] Riyad accuse Abu Dhabi de poursuivre une « stratégie de fragmentation » en soutenant des groupes paramilitaires qui minent l’unité des États et la stabilité régionale au Yémen, en Somalie et au Soudan.[5]

Forte de son influence internationale retrouvée après l’affaire Khashoggi et du retour de Trump à la Maison Blanche, MBS estime n’avoir plus besoin de MBZ comme mentor.[41] Riyad cherche désormais à rallier derrière lui des pays partageant une stratégie d’endiguement et de désescalade, et discute avec la Somalie et l’Égypte la formation d’une coalition militaire en mer Rouge dirigée contre l’influence émiratie.[41][5]

OPEP+ : la trahison économique

Le retrait des Émirats de l’OPEP et de l’OPEP+ au 1ᵉʳ mai 2026 constitue l’acte de rupture le plus spectaculaire avec la solidarité des pays producteurs du Sud.[42][43][44] Abu Dhabi a présenté cette décision comme une « décision nationale souveraine » visant à maximiser sa production de 3,4 à 5 millions de barils par jour d’ici 2027, sans en consulter les autres membres, y compris l’Arabie saoudite.[43] Le ministre de l’Énergie émirati a reconnu qu’Abu Dhabi n’avait « pas directement consulté d’autres producteurs, y compris l’Arabie saoudite, avant de prendre la décision ».[44]

Les conséquences sont potentiellement dévastatrices pour les États producteurs du Sud. Le risque d’une guerre des parts de marché s’intensifie : « Alors que les Émirats amènent progressivement leurs 1,5 million de barils/jour supplémentaires sur le marché, d’autres producteurs (Irak, Koweït, etc.) ressentiraient une pression énorme pour violer leurs propres quotas afin de maintenir leurs revenus. Cela conduira probablement à un déclin structurel du prix du pétrole à long terme ».[43] L’analyste de Gulf News a noté que cette décision « ajoute une nouvelle couche d’incertitude » et « affaiblit la gestion coordonnée de l’offre ».[43][45] Les économies africaines fortement tributaires du pétrole — Nigeria, Angola, Algérie, Libye — sont particulièrement vulnérables à cette volatilité accrue.[43]

 

V. Les tensions avec l’Iran : instrumentalisation d’un conflit territorial

La dispute territoriale sur les îles Abu Moussa et les Grandes et Petites Tombé reste au cœur de l’hostilité entre Abu Dhabi et Téhéran.[46][48] Ces îles, occupées par l’Iran depuis 1971, sont décrites comme des « porte‑avions stationnaires insubmersibles » au cœur du détroit d’Ormuz.[48] La stratégie émiratie consiste à « saisir les moments de tensions accrues entre l’Occident et Téhéran » pour mobiliser le soutien international en faveur de ses revendications.[46] En mars 2026, l’Iran a mis en garde les Émirats contre toute attaque sur ces îles depuis son territoire, avertissant qu’une telle action serait perçue comme « un défi existentiel à la souveraineté de l’État ».[49]

Malgré le contexte de tensions extrêmes entre l’Iran et Israël (avec une guerre ouverte au printemps 2026), Abu Dhabi a semblé hésiter à jouer franc‑jeu.[50] Certains observateurs ont noté que la décision émiratie de quitter l’OPEP était partiellement motivée par des tensions avec l’Arabie saoudite et par des calculs liés au soutien américano‑émirati contre l’Iran.[50] Les Émirats « perçoivent leur connexion avec Israël comme un outil essentiel pour accroître leur influence régionale et comme une voie unique vers Washington », notamment dans le contexte des tensions avec Téhéran.[50]

 

VI. L’Égypte et la Turquie : des alliés contraints, des rivaux potentiels

L’Égypte : vassale économique en dissidence stratégique latente

L’Égypte de Sisi est l’un des bénéficiaires les plus directs du financement émirati depuis le coup militaire de juillet 2013.[51][27] MBZ a fourni à Sisi un soutien financier, diplomatique et politique décisif pour sa prise de pouvoir.[27][51] Le régime du Caire n’aurait probablement pas survécu sans « la bouée de sauvetage financière continue » d’Abu Dhabi.[51] Mais cette dépendance ne signifie pas une convergence stratégique totale.[53]

Des sources diplomatiques révèlent que Sisi a exprimé à MBZ « de profondes inquiétudes concernant le soutien continu des Émirats à ce qu’il décrit comme des ‘milices de fractionnement’ au Yémen, au Soudan et en Somalie, dans le cadre d’une stratégie visant à contrôler les corridors maritimes critiques en mer Rouge et dans le golfe d’Aden ».[53] Le défi pour le Caire est de « protéger ses intérêts de sécurité nationale tout en préservant les liens économiques et d’investissement avec les Émirats », les investissements émiratis étant devenus « si substantiels qu’ils constituent désormais une pierre angulaire de l’économie égyptienne ».[53]

La Turquie : une décennie de confrontation par procuration

La rivalité Turquie‑Émirats est décrite par l’ECFR comme une « décennie de feud » qui « remodèle l’ordre géopolitique au Moyen‑Orient et en Afrique du Nord ».[28] Le ministre turc de la Défense a accusé les Émirats de « soutenir des organisations terroristes hostiles à la Turquie avec l’intention de nous nuire ».[28] Cette rivalité s’est manifestée dans des conflits par procuration allant de la Libye à la Corne de l’Afrique. En Libye, Turquie et Émirats se sont affrontés indirectement : Ankara soutenant le GNA légalement reconnu, Abu Dhabi et ses alliés soutenant Haftar.[28] En Somalie, la Turquie soutient le gouvernement fédéral, les Émirats les entités fédéreuses. Au Soudan, la Turquie est alignée avec les FAS, les Émirats avec les FSR.[54] L’ECFR conclut que cette concurrence « alimente souvent les conflits locaux et crée un ‘bazar de la souveraineté’ ».[28]

 

VII. Bilan : une politique qui nuit à tous sauf à Israël

Une accumulation de défaites stratégiques

Le bilan de la politique étrangère de MBZ révèle une accumulation de revers coûteux.[19][23][25][33][29][46] Au Yémen, les Émirats ont perdu en quelques jours le résultat de dix ans d’investissements politiques et militaires.[19] En Somalie, ils ont été expulsés par un gouvernement qui les accuse de traiter le pays comme un « État vassal ».[33] Au Soudan, ils sont accusés de complicité dans un génocide et isolés sur la scène régionale.[23] En Libye, leur incapacité à imposer Haftar par la force les a conduits à une impasse.[25] Avec l’Algérie, ils font face à une crise diplomatique profonde.[29] Avec l’Arabie saoudite, une rupture historique est consommée.[5] Et avec l’Iran, la confrontation directe présente un risque existentiel.[46]

Le service des intérêts israélo‑américains

La logique sous‑jacente à l’ensemble de ces interventions pointe vers une convergence objective — sinon délibérée — avec les intérêts stratégiques d’Israël et des États‑Unis.[55][4][5] L’analyste Cinzia Bianco le résume clairement : « Les ambitions de MBZ pour la région sont parfois préjudiciables au leadership saoudien car il est très ambitieux. Il s’agit d’une lutte pour le leadership régional et de visions différentes, en particulier concernant le rôle d’Israël ».[5] Les États arabes fragmentés — Yémen divisé, Libye divisée, Soudan en guerre civile, Somalie déstabilisée — sont précisément ceux qui ne peuvent constituer des fronts cohérents face à l’expansionnisme israélien.[55] Le soutien à Haftar en Libye, à Hemetti au Soudan, au CTS au Yémen et aux entités séparatistes somaliennes s’inscrit dans une grille où les États arabes forts et unifiés représentent une menace pour l’hégémonie israélo‑américaine que les Émirats sont désormais objectivement perçus comme servant.[4][5]

Les Accords d’Abraham ont, selon leurs critiques, non seulement légitimé l’expansion israélienne dans les territoires occupés, mais fourni à Israël un vecteur d’influence profonde dans le Golfe, depuis le renseignement (Pegasus) jusqu’à la coopération militaire.[15] « Depuis l’accord, l’expansion des colonies israéliennes a augmenté, les attaques des colons contre les Palestiniens et la mosquée Al‑Aqsa se sont intensifiées », est l’un des constats avancés par les critiques.[13][15] La justification initiale de MBZ — avoir signé les Accords pour « arrêter l’annexion des terres palestiniennes » — est universellement décrite comme une « déception délibérée ».[13]

L’isolement régional : silencieux mais structurel

Ce qui est remarquable dans l’opposition régionale aux Émirats, c’est son caractère masqué.[56][53][41] Rares sont les États qui critiquent ouvertement Abu Dhabi, compte tenu des interdépendances économiques et sécuritaires considérables.[51] L’Égypte est économiquement sous perfusion émiratie.[51] La Jordanie et les monarchies du Golfe craignent les représailles financières.[40] Mais sous cette surface de cordialité formelle se dessine une coalition de fait entre Riyad, Ankara, Le Caire, Alger, Mogadiscio, Khartoum et Tripoli autour d’une conviction commune : les Émirats conduisent une politique de fragmentation régionale au service d’intérêts étrangers, contraires à la souveraineté et à l’unité des nations arabes et africaines.[56][53][41]

 

Conclusion

La politique étrangère des Émirats arabes unis sous Mohammed ben Zayed constitue une rupture historique avec le consensus arabe et islamique.[5] Par son financement de milices séparatistes au Yémen, au Soudan, en Libye et en Somalie, par son soutien à la contre‑révolution arabe, par la normalisation avec un Israël engagé dans la colonisation des territoires palestiniens, par l’utilisation de technologies de surveillance israéliennes contre des dissidents arabes, et par son retrait de l’OPEP au détriment des pays producteurs du Sud, Abu Dhabi a progressivement transformé les Émirats arabes unis en un levier de déstabilisation régionale.[23][15][43] L’accumulation de tensions avec l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie, l’Algérie, le Soudan, le Yémen, la Libye, la Somalie et le Qatar n’est pas une série de malentendus diplomatiques réparables : elle est le reflet d’une stratégie dont les bénéficiaires derniers sont Israël et sa capacité à maintenir sa domination sur une région fragmentée, incapable de construire un front uni face à l’expansionnisme colonial.[55]

 

Références

 

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  5. Le Monde. “La nouvelle rivalité entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis : source de tension de la mer Rouge à la Corne de l’Afrique.” Le Monde, January 29, 2026. Accessed May 8, 2026. https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/29/la-nouvelle-rivalite-entre-l-arabie-saoudite-et-les-emirats-arabes-unis-source-de-tension-de-la-mer-rouge-a-la-corne-de-l-afrique_6664576_3232.html

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